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House of Windows
House of Windows
"Tout le monde me demande ce qui, selon moi, est arrivé à Roger, disait Veronica Croydon, et si je ne donne pas de réponse immédiate, on s`empresse de m`en proposer une. Mais personne ne comprendrait. Enfin, personne ne me croirait. Reste un peu, et je vais te dire ce qui s`est passé." La disparition de Roger Croydon, éminent universitaire spécialiste de Dickens, attise toutes les curiosités. Un mystère qui mène inexorablement à la demeure du couple, Belvedere House, et à son armée de fenêtres, baignées de lueurs étranges...
L'AVIS :
John Lagan est un auteur dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à ce que les éditions J’ai Lu édite son roman The Fisherman, qui a reçu le prix Bram Stoker et que j’ai adoré, de par son ambiance assez Lovecraftienne.
Lorsque l’éditeur a annoncé la parution d’un autre roman de John Lagan, je m’y suis immédiatement intéressé, ayant été conquis par ma précédente lecture. C’est en fait le premier roman de l’auteur que nous offre J’ai Lu, avec House of Windows, paru originellement en 2009. Un roman que l’auteur a eu du mal à faire éditer à l’époque car, comme il le dit en introduction, « les éditeurs de fantastique n’aimaient pas ses aspects littéraires ; les éditeurs littéraires n’aimaient pas ses aspects fantastiques ».
Il faut dire que c’est un ouvrage déstabilisant, car, en effet, il jongle entre ces deux courants aspects littéraires. Il faudra attendre par exemple plus de 200 pages pour que quelques bribes de fantastique n’apparaissent et encore, ce ne sera pas flagrant.
Avec House of Windows, John Lagan prend son temps, tout son temps, avant de distiller l’étrangeté du récit dans les pages de son roman. Un récit qui se veut être le témoignage de Veronica, l’héroïne, une jeune femme qui vit une relation amoureuse avec un homme bien plus âgé, passionné de l’œuvre de Dickens, Roger Croydon. Ce dernier a divorcé de Joanne, son ex-femme, et il a un fils, Ted. Le divorce a créé quelques tensions entre Ted et Roger, tensions qui vont aller jusqu’au point de rupture lors d’une virulente dispute, durant laquelle Roger renie son fils et ne veut plus en entendre parler. Un événement qui va dicter la suite de l’histoire et lui apporter sa dimension fantastique, cette dernière intervenant, comme déjà dit, de manière disparate et à plus de 200 pages.
Le témoignage de Veronica va nous présenter toutes les facettes de sa vie avec Roger et mettre en avant ce personnage-clé du récit. On assiste quasiment à l’étude comportemental d’un couple lambda, avec tous les détails qui façonnent une vie de couple : les soirées, les fous-rires, les engueulades, la passion, les week-ends en amoureux et j’en passe. On connaîtra tout de la relation Roger / Veronica au fil des pages, l’intérêt étant de découvrir ce qu’est devenu Roger, qui a disparu sans laisser de trace. La dispute avec Ted, puis la mort de ce dernier lors d’un guet-apens à Kaboul, Ted étant militaire, va fragiliser la relation Veronica / Roger et lui donner une nouvelle tournure, plus inquiétante et fantastique.
Alors oui, on pourra trouver que les éléments qui font basculer l’intrigue dans le mystère et le fantastique, toujours un peu Lovecraftien d’ailleurs, mettent beaucoup, beaucoup de temps à intervenir et qu’ils n’explosent réellement que lors des 60 dernières pages. L’aspect « maison hantée », qu’on pensait être le moteur du récit, n’est pas non plus très flagrant en réalité et on s’aperçoit qu’on est plus dans une sorte d’histoire de malédiction occulte, de pacte satanique ayant, comme souvent, des conséquences désastreuses pour celui qui le fait, mais aussi pour son entourage et pour sa « victime ».
Alors oui, j’ai moins apprécié House of Windows que The Fisherman. Mais pour un premier roman, impossible de nier le talent littéraire de l’auteur, pourvu d’une belle écriture et d’un style qui sait nous interpeller. On appréciera par exemple cette idée de nous proposer trois fins, trois scénarios possibles, pour résoudre le mystère entourant la disparition de Roger Croydon.