Infinity pool
Infinity pool
James et Em Foster profitent de vacances idylliques sur une île isolée. Mais une rencontre avec une mystérieuse femme les entraîne hors du complexe sécurisé, où ils découvrent une culture perverse de violence, d’hédonisme et d’horreur surréaliste...
L'AVIS :
Une station balnéaire luxueuse, un crime impuni, une descente aux enfers sous hallucinogènes. Infinity Pool n’est pas seulement un thriller malsain : c’est une autopsie du pouvoir, du privilège et de la désintégration du soi. Brandon Cronenberg poursuit l’exploration d’un cinéma viscéral et transgressif, où le corps et l’identité se délitent sous le poids de l’excès.
L’ultra-richesse, un monde sans conséquences
Dans Infinity Pool, la satire est brutale : les riches n’ont plus de limites, car on leur a retiré la peur. Grâce à un système légal aberrant, ils peuvent payer pour qu’un clone prenne leur place au moment de l’exécution. À partir de là, tout devient un jeu : meurtres gratuits, orgies sanguinolentes, humiliations en série. Gabi (Mia Goth), prédatrice au sourire carnassier, fait office de guide vers cette décadence extrême. À ses côtés, James (Alexander Skarsgård) sombre dans une spirale où la morale n’existe plus.
Cronenberg ne s’attaque pas qu’au capitalisme : il dissèque la psyché de ceux qui, à force de ne jamais être punis, ne savent plus qui ils sont. La richesse absolue ne les rend pas invincibles, elle les vide.
Body horror et trip sensoriel : la chair et l’identité en crise
Le film explore la mutation du corps comme reflet de la corruption de l’âme. La duplication des condamnés introduit un vertige identitaire : qui meurt vraiment ? Le vrai James ? Un clone ? La réponse importe peu, car la frontière entre l’original et la copie s’efface rapidement.
Cronenberg pousse cette idée dans une imagerie viscérale où les corps se fondent, se déforment, se dissolvent dans le plaisir et la douleur. Hallucinations organiques, visages qui se mélangent, chairs qui dégoulinent sous l’effet de substances étranges : une expérience purement sensorielle où l’identité s’effrite en même temps que le corps. Infinity Pool ne se contente pas de choquer, il engloutit le spectateur dans une spirale hypnotique de sons distordus, d’images liquéfiées et de sensations altérées, où réalité et hallucination se confondent.
James ne se contente pas de dériver : il est digéré, avalé par ce monde sans repères. Son corps devient un terrain d’expérimentation, un objet parmi d’autres dans un univers où l’individu n’a plus de poids. Il croyait se libérer, il s’est juste dilué dans l’excès.
Un voyage sans retour
Infinity Pool n’offre ni rédemption ni catharsis. Ce n’est pas un cauchemar dont on se réveille, mais une dérive dont on ne revient pas. James, vidé de lui-même, n’est plus qu’une coquille errante, un parasite sans hôte. Il voulait échapper à l’échec, il a perdu toute existence propre.
Brandon Cronenberg signe ici un trip sensoriel aussi oppressant que fascinant, où la satire sociale se mêle au body horror dans un ballet grotesque et hypnotique. Une expérience qui dérange, obsède et laisse un goût amer, comme un poison qui s’infiltre lentement sous la peau. Cronenberg ne donne aucune échappatoire. Pas de leçon de morale, pas de contrepoids. Juste un gouffre dans lequel on tombe avec James, sans même s’en rendre compte.
Brandon Cronenberg : une obsession pour l’érosion de l’identité
Avec "Antiviral", il explorait la marchandisation du corps, avec "Possessor", la dissolution du moi dans une autre conscience. Infinity Pool pousse encore plus loin cette déconstruction : ici, il ne reste même plus d’échappatoire, plus de distinction entre soi et l’autre. Son cinéma ne s’intéresse pas à la transformation, mais à la disparition de l’individualité. Dans un monde où tout peut être cloné, reproduit, racheté, qu’est-ce qui fait encore de nous des êtres uniques ? Cronenberg ne répond pas à la question, il en montre juste l’agonie.