Divided into zero
Divided into zero
Divided into Zero chronique de façon non linéaire les pulsions et désirs d’un homme, au travers de flashbacks oppressants et symboliques. Le film vient dévoiler les traumatismes qui animent ce dernier, alimentant ainsi la spirale destructrice au sein de laquelle il évolue...
L'AVIS :
Ce court métrage d’une durée de 34 minutes présente bien des similarités avec le long métrage Subconscious Cruelty, sorti l’année suivante.
Un film étant quasiment toujours le fruit d’un travail d’équipe, plusieurs des membres se retrouvent à travailler sur les deux productions. Mitch Davis était cette fois-ci présent à la production de Subconscious Cruelty. Karim Hussain, réalisateur de ce dernier, est principalement en charge de la photo de Divided into Zero. D’autres membres de l’équipe technique sont également présents sur les deux projets (maquillage, musique…). C’est ainsi une équipe similaire, bien que plus étoffée sur Subconscious Cruelty – budget en hausse oblige – qui sera responsable de la réalisation des deux métrages. Malgré des dates de sorties différentes, les phases de production ont très certainement été menées en parallèle, le long métrage ayant été réalisé sur une durée de 5 ans environ. Ces deux œuvres sont complémentaires, offrant une continuité thématique et esthétique.
Sur le plan visuel, les deux productions partagent un même parti pris esthétique, avec un travail très soigné de la photo et un usage très marqué, presque saturé, de la couleur. Malgré des budgets contraints, leur réalisation en 16mm (ainsi qu’en 8mm pour Divided into Zero) vient consolider la sophistication de leur aspect esthétique. Peu de choses étant épargnées au spectateur, de nombreux plans sont en conséquence d’une beauté notable, tout en conservant leur atrocité. L’usage récurrent de plans longs participe également à la mise en exergue ce paradoxe.
De plus, ils partagent la même fascination pour les thèmes de la violence, de la sexualité et de la corruption humaine. La structuration de la narration présente également des points communs. S’agissant de films expérimentaux dont la structure narrative relève davantage du rêve, ou plutôt du cauchemar, que d’un déroulé classique, l’un est un film à sketches et l’autre est constitué de flashbacks ayant lieu à plusieurs étapes de la vie du protagoniste principal. Ainsi, il s’agit là aussi de plusieurs scènes ne présentant pas de réelle continuité. Cependant, s’agissant d’un déroulé chronologique, Divided into Zero adopte tout de même une narration plus linéaire, mais tout aussi oppressante.
Nous suivons donc l’histoire d’un homme hanté par ses pulsions destructrices, au cours de trois étapes de sa vie. Enfant, adulte, et agé. Il est à la fois monstrueux et pathétique, toujours montré froidement, sans parti pris moral. Qu’il s’adonne à des pratiques ondinistes, à des actes d’auto-mutilation, ou qu’il commette un meurtre d’enfant, tout est montré de la même manière. Ce récit nihiliste est accentué par le recours aux teintes froides et métalliques, sur une bande son souvent minimaliste, mais toujours appropriée. Notre protagoniste semble incapable d’échapper à ses pulsions, à son passé, gouverné par un mélange d’instincts primaires et de conscience torturée. Il semble comprendre ses déviances, sans toutefois chercher à les surmonter. Les spectateurs à la recherche d’une histoire de rédemption doivent passer leur tour. Les 34 minutes sont d’une efficacité rare. Aucune conclusion morale n’est donnée, voir aucune conclusion tout court.
Il ne s’agit donc évidemment pas d’un film grand public, mais les amateurs de Subconscious Cruelty devraient très naturellement trouver plaisir à visionner ce court métrage qui lui est complémentaire, en restant autonome.