Affiche française
SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016
Affiche originale
SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016
Scénario
Date de sortie
Pays
Genre
Couleur ?
oui

Tōhō

Musique de

Shin Godzilla

Shin Gojira

Godzilla: Resurgence

Après un étrange incident dans la baie de Tokyo, une créature gigantesque apparaît et se dirige vers la capitale japonaise, plongeant la ville dans le chaos. Son nom : Godzilla.

SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016

On l'avait quitté avec l'hommage parodique de Ryuhei Kitamura, "Godzilla : Final Wars", en 2004 : 12 ans après, le Roi des Monstres est enfin de retour ! Une attente interminable pour les fans, d'autant que contrairement à ses précédentes pauses (9 ans après "Mechagodzilla contre-attaque" en 1975, 4 ans après "Godzilla vs Destroroyah" en 1995), ni Mothra ni Gamera ne sont venus combler le vide. Seuls quelques bons gros blockbusters américains, parmi lesquels on citera principalement "Cloverfield" et "Pacific Rim", ainsi qu'un second remake moyen de "Godzilla", auront permis aux fans de créatures géantes de patienter.

Pour cette nouvelle résurrection de la saga, la Toho confie les clés à Hideaki Anno, à qui l'on doit notamment "Neon Genesis Evangelion", et Shinji Higuchi, réalisateur des films "L'Attaque des Titans" et responsable des effets spéciaux sur la trilogie Gamera. Des figures connues et reconnues donc, qui vont coréaliser le film, le premier se chargeant en sus du scénario tandis que le second surpervisera les effets visuels. Première mission du duo : donner un grand coup de balai à la saga, et apporter de la nouveauté à un genre qui ne brille généralement pas par son originalité.

Pour l'occasion, Anno et Higuchi vont faire table rase du passé, et tout reprendre de zéro : pour ce vingt-neuvième film, ils vont imaginer un univers dans lequel le Japon n'a jamais été confronté à Godzilla, pas même en 1954. Une véritable révolution, puisque depuis 1955, tous les films de la saga étaient des suites plus ou moins directes de l’œuvre originale. De même, l'origine du monstre se rapproche de l'actualité : si les références aux bombardements atomiques de 1945 et aux essais nucléaires américains restent présentes, c'est surtout la catastrophe de Fukushima qui laisse son empreinte sur le film, autant thématiquement que visuellement.

Car avant même d'être un film de monstre, Shin Godzilla est un film catastrophe, qui va permettre à Anno et Higuchi de tirer à boulets rouges sur l'incapacité du pays à gérer une situation de crise. La première partie du film exploite ainsi avec un cynisme aussi réjouissant qu'inquiétant les lourdeurs de l'administration : lorsque la menace apparaît, les conseils se multiplient, les réunions s'enchaînent, des experts impuissants sont consultés, chacun se renvoie la balle, personne ne prend de véritable position, tout le monde attend que le voisin agisse, et délègue le plus possible. Nous sommes finalement quelque part entre le "Vivre" d'Akira Kurosawa et le kaiju eiga.

Anno met en scène ces séquences avec un sens aigu de la parodie, renforçant la lourdeur pachydermique de ces débats par une mise en scène et un montage particulièrement énergique, multipliant les bandeaux d'information, nous présentant absolument chaque cellule et chaque intervenant. Bref, rien n'avance, tandis que la menace continue à évoluer. Et quand, enfin, après presque une heure de films, tout ce beau monde trouve enfin un compromis, il est déjà trop tard : la menace a pris la forme d'une entité quasi-divine et indestructible. En bref, l'inertie de l'administration, l'ambition des politiques ont rendu incontrôlable une crise qui semblait pouvoir être réglée rapidement. Mieux encore, le salut ne deviendra possible que lorsque le gouvernement aura disparu.

Il faut dire que la menace que la capitale doit affronter est totalement inédite : comme dit plus haut, Shin Godzilla fait table rase du passé, et imagine, pour la première fois depuis le Godzilla original, un monde où la créature géante n'est jamais apparue. Mais surtout, même pour l'amateur de kaiju eiga, cette créature ne ressemble à aucune autre, et surtout pas aux Godzilla que l'on connaît. Sa toute première apparition sur la terre ferme (juste après les annonces gouvernementales indiquant qu'il ne pouvait pas sortir de l'eau...) est d'ailleurs surprenante, prenant la forme d'une créature à la fois grotesque et effrayante, qui semble totalement perdue et détruit tout sur son passage. Une forme où le monstre semble vulnérable, qui contrastera terriblement avec la mutation finale de Godzilla.

Plus que jamais, cette troisième forme fera du monstre une menace indéfinissable, résultant d'une horrible mutation contre-nature. Jamais dans la saga, Godzilla n'aura autant représenté cette idée d'entité divine et destructrice contre laquelle l'Homme est impuissant. La séquence où il (Il ?) déchaîne toute sa fureur sur Tokyo est aussi belle que tétanisante, magnifiée par la musique de Shiro Sagisu, et restera sans doute comme l'une des plus impressionnantes auxquelles j'ai pu assister sur grand écran.

Au final, à l'exception de quelques effets spéciaux un peu ratés, notamment dans le final, Shin Godzilla est un authentique chef d'oeuvre, intelligent, sarcastique, spectaculaire et même effrayant, et peut-être le film le plus réussi de la saga, en dynamitant les codes Godzillesques d'une façon que même Shusuke Kaneko n'avait pas atteinte lorsqu'il avait totalement révolutionné le genre avec sa trilogie Gamera.

SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016
SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016
SHIN GODZILLA | SHIN GOJIRA | 2016
Note
5
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Steeve Raoult