Wounds

Wounds

Will, un barman tranquille de la Nouvelle-Orléans qui ne force pas trop dans la vie et boit pas mal avec sa meilleure amie Alicia, assiste un soir dans le bar où il travaille, à une rixe au cours de laquelle Eric, un client habituel, se fait bien amocher. Au même moment, des jeunes qui étaient là lors des faits et partis précipitamment, oublient un téléphone portable que Will récupère afin de leur rendre ultérieurement. A la nuit tombée, parti retrouver sa petite amie Carrie, Will remarque que des SMS évoquant un tunnel et un livre ésotérique s'affichent sur le cellulaire. Au petit matin, des photos assez malaisantes apparaissent et c’est alors à partir de ce moment crucial, que le cauchemar éveillé va commencer pour Will…

Wounds | Wounds | 2019

L'AVIS :

Après les très décevants "Under the shadow" et "I came by", ce Wounds (qu’on traduirait ici par « Plaies ») pouvait faire douter les plus sceptiques, pourtant, il apparaît de façon surprenante il faut le dire, comme le meilleur film du réalisateur d’origine iranienne Babak Anvari !

Rappelant un peu le cinéma de Justin Benson et d’Aaron Moorhead ("Resolution", "Spring" et "The endless") car il aborde le film fantastique différemment (plus psychologique dirons-nous) et qu’il s’inspire fortement de l’univers de H.P. Lovecraft, ce long-métrage narre les déboires d’un barman (le très bon Armie Hammer vu notamment dans "Blanche Neige", The lone ranger et Call me by your name) qui picole pas mal et ne se prend pas trop la tête. Du moins, jusqu’au jour où il récupère le portable oublié d’un client contenant des photos bien glauques. C’est à partir de ce moment-là que tout va aller de mal en pis pour lui à travers une descente aux enfers mentale qui va lui faire voir et vivre des choses étranges et nous interroger sur son état psychique !

Ce qui est bien avec ce film du père Babak, c’est qu’on ne s’ennuie pas du tout au visionnage, le rythme est assez soutenu avec une bonne tension permanente réhaussée même par du body horror si cher à David Cronenberg et fort appréciable (à l’image des plaies ouvertes et béantes qui mettent mal à l’aise et dégoûtent), mais également par quelques fulgurances de gore numérique (cf. les têtes coupées ou les hordes de scolopendres rampants).

Au-delà de l’aspect visuel constituant une forme assez bien foutue il faut l’avouer, le fond, quant à lui, se révèle également assez efficace. On veut ici parler du côté psychologique du métrage avec notre protagoniste principal Will, un peu perdu dans sa vie et dans sa tête et qui n’a d’autre objectif que de boire, entraînant ainsi les autres avec lui (sa petite-amie Carrie, Eric l’alcoolique, Alicia…) dans un genre de malédiction démoniaque se transmettant via le téléphone mobile. Toutes les relations toxiques du barman vont alors ressurgir (il n’a sans doute pas choisi la bonne compagne, n’exerce a priori pas le bon boulot et semble corrompre tout ce qu’il touche), et ce n’est pas son alcoolisme latent qui va améliorer sa situation !

On pourra regretter, en revanche, que certaines pistes (le rôle des insectes cavalant çà et là un peu comme dans "Bug" de William Friedkin, la réelle implication des jeunes ayant laissé leur téléphone au bar, la présence du vétéran agonisant et de sa balafre infectée, l’œil monstrueux…) ne soient pas plus exploitées que cela !

En plus du très bon Armie Hammer au casting, on notera également la présence de : Dakota Johnson ("Suspiria (2018) "), superbe en petite amie dépassée par les événements et complètement tétanisée après avoir passé une nuit devant un écran d’ordinateur, de l’acteur Brad William Henke ("Altered") au physique plus qu’inquiétant et de Karl Glusman (vu dans Love et Lux AEterna de Gaspar Noé), ici complétement sous-exploité dans le rôle du boyfriend de la meilleure amie de Will jaloux comme pas deux mais fade au possible.

Sorte de métaphore sur l'addiction à l’alcool du personnage principal qui semble, à l’image des nombreux symboles répétés dans le film, contaminer à peu près tous ceux qui l'entourent, Wounds est bien joué, ne s’essouffle pratiquement jamais car est bien rythmé, et se révèle comme un long-métrage flirtant avec l’ésotérisme constituant une belle surprise car tout ne nous est pas livré clé en main et la fin est tordue au possible ! Il est toutefois dommageable que certaines pistes ne soient pas plus tirées au clair que cela pour une meilleure compréhension de l’ensemble. Un reproche qui peut finalement être fait à tous les films de Babak Anvari et devenu en quelque sorte sa marque de fabrique !

Wounds | Wounds | 2019
Wounds | Wounds | 2019
Wounds | Wounds | 2019
Bande-annonce
Note
3
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Vincent Duménil