Puppet master
Puppet master
En 1939, André Toulon insuffle la vie à ses marionnettes suivant un procédé égyptien avant de se donner la mort dans son hôtel de Bodega Bay. En 1989, un groupe de quatre personnes possédant des pouvoirs parapsychiques se rendent à l'hôtel Bodega Bay pour retrouver le cinquième membre de l'équipe, Neil Gallagher. Le petit groupe, cherchant à découvrir le secret de feu André Toulon, apprend la mort de Gallagher et font connaissance avec sa femme Megan. Peu de temps après, des événements mystérieux se produisent dans l'hôtel et le groupe se fait décimer un à un. Il semblerait que les marionnettes vivantes d'André Toulon soient de la partie; Mais qui les contrôle ?
L'AVIS :
Suite au succès du film "Dolls" produit par sa firme Empire, et pour contrer la disparition de cette dernière, le prolifique Charles Band décide de créer une nouvelle compagnie, la Full Moon Entertainment et de se lancer dans le direct-to-vidéo, plutôt que de tenter des sorties en salles. Premier produit de cette nouvelle firme : "Puppet Master", dont la réalisation est confiée à David Schmoeller, principalement connu pour avoir mis en scène l'inquiétant "Tourist Trap - le piège", en 1979 ou encore "Crawlspace - Fou à tuer" en 1986, avec Klaus Kinski. Sur une idée de Charles Band et Kenneth J. Hall, David Schmoeller va également rédiger le scénario, sous le pseudonyme de Joseph G. Collodi.
Voulant frapper un grand coup pour sa première sortie Full Moon, Charles Band s'octroie les services de personnes réputées malgré un budget peu élevé : il s'adjoint la présence du directeur de la photographie Sergio Salvati, un Italien qui a œuvré sur de nombreux classiques de Lucio Fulci entre autres ; pour la musique, il demande bien sûr à son talentueux frère, Richard Band, de lui composer la musique du film et ce dernier va lui offrir un thème incroyable, marque de fabrique de toute la saga. Le reste de la partition est en fait composée de recyclage des musiques de "Tourist Trap" composées par Pino Donaggio ; pour animer les différentes marionnettes, il demande l'aide de David Allen, un spécialiste du genre qui voue une admiration sans borne aux créations de Ray Harryhausen et à la stop-motion. Niveau casting, il obtient la présence de Paul Le Mat et se permet un petit caméo de la charmante Barbara Crampton. Bref, du beau monde autour de ce projet, qu'il ne faut pas rater sous peine de voir sa nouvelle firme vaciller dès le départ. Coup de bol, "Puppet Master" premier du nom sera un succès et engendrera l'une des plus longues sagas du cinéma fantastique, avec, à ce jour, plus de 14 suites, reboot et spin-off !
Avec ce premier volet, David Schmoeller pose les bases, le ciment fondateur et compose avec un budget réduit. En résulte toutefois un film relativement intriguant, flirtant souvent avec le surréalisme, qui pourra perdre le spectateur dans les méandres de son scénario parfois bien curieux et tarabiscoté, mais qui bénéficie en contrepartie d'une ambiance travaillée, mystérieuse et troublante.
L'action prend part dans un luxueux hôtel situé en bord de falaise, à Bogeda Bay, lieu mythique qu'on retrouve dans "Les Oiseaux" d'Alfred Hitchcock et dans "Fog" de John Carpenter. Reste que cet hôtel n'existe pas à cet endroit précis, en réalité il s'agit d'une maquette suspendue au dessus du lieu réelle et filmée en perspective forcée, ce qui donne l'impression qu'il est bel et bien à cet emplacement. Le vrai hôtel qui a ensuite servi pour le tournage se trouve à Pasadena, en Californie.
Si l'introduction du film nous fait découvrir quelques-unes des marionnettes vedettes du film, ainsi que leur créateur qui semble être pourchassé par des nazis, on n'en saura pas plus sur ce dernier, puisqu'il va dissimuler ses poupées dans une trappe murale camouflée puis se suicider.
La suite fera un bond dans le temps pour se dérouler "de nos jours" et on va faire connaissance avec cette équipe de médiums, qui deviendront les protagonistes principaux de l'histoire. Des personnages excentriques, possédant chacun des facultés sensorielles étranges et qui participeront à créer cette ambiance originale et fantasmagorique. Une des médiums ressent par exemple le passé de tout objet dont elle entre en contact, comme un lit pour lequel elle perçoit les frasques sexuelles d'antan de Clark Gable et de Carole Lombard par exemple !
On pourra trouver que le récit tire un peu en longueur, s'attardant sur des éléments pas toujours intéressants et qu'il privilégie les humains et les sous-intrigues au détriment de ce qui aurait dû être l'attraction principale du film, à savoir les fameuses marionnettes ! Encore une fois, le budget a dû s'avérer une contrainte à ce niveau car il faut savoir que pour animer une poupée, il faut entre cinq et six personnes, totalement coordonnées, ce qui représente forcément un coup pour la production, qui a utiliser une seconde équipe pour filmer les séquences où les poupées évoluent seules, ce qui fait gagner du temps. Rappelons-nous qu'en 1989, les CGI n'existent pas, c'est donc un travail de longue haleine que de manipuler les marionnettes à l'écran.
Alors oui, le public venu admirer exclusivement les marionnettes pourra être un brin déçu de ne pas plus les voir à l'écran. Il est vrai qu'après la séquence introductive, il se passera de très longues minutes avant qu'elles ne réapparaissent pleinement à l'écran et ne deviennent enfin les stars du film. Mais rassurez-vous, à partir de 50 minutes, vous en aurez pour votre argent ! Elles reviendront sur le devant de la scène à de nombreuses reprises et nous livreront quelques meurtres bien sympathiques, avec notamment une séquence assez dégueu mettant en vedette la fameuse Mme Leech et ses affreuses sangsues sortant de sa bouche. Une poupée qui a reçu un accueil plus que favorable de la part des spectateurs, un peu moins de la part des pontes de la Paramount, d'où sa mise au rebut après le chapitre 2. On citera également Pinhead et son corps surpuissant par rapport à sa toute petite tête ; Jester et sa tête en trois parties qu'il peut faire tourner pour prendre diverses expressions de visage ; Tunneler et son crâne surmonté d'un foret ; et bien sûr Blade, vêtu comme un officier SS, dont le visage a été inspiré par celui de Klaus Kinski, et qui a un crochet et une lame ultra-aiguisée à la place des mains. La scène introductive nous présente une marionnette asiatique qui n'est pas réutilisé dans le reste du film. Des poupées iconiques, qui se verront dérivées en figurines pour que les fans puissent les avoir chez eux !
Niveau violence, ce premier "Puppet Master" reste assez soft, et même s'il ne s'adresse pas à un jeune public, il n'y a rien qui choquera vraiment à ce niveau, hormis encore les sangsues de Mme Leech ! A noter qu'il existe une version R-Rated (1h28...) et une version Uncut (1h30) qui propose quelques plans en plus, notamment sur les doigts tranchés par Blade lors de son affrontement avec un des personnages principaux. Le sang dans cette séquence est vert afin d'éviter trop de coupes de la censure.
Pur produit des 80's/90's, Puppet Master a pris un petit coup de vieux quand on le revoit aujourd'hui, pas tant au niveau de l'animation des marionnettes, qui reste très bien faite et efficace, mais plus au niveau de l'avancée de l'histoire, qui peine parfois à trouver son rythme de croisière. Le fait que les jouets d'André Toulon ne soient pas non plus les véritables héros de ce premier film joue parfois en sa défaveur. Reste une petite production correctement troussée, un peu mollassonne certes, mais qui laisse suggérer d'un bon potentiel pour les futures suites à venir ! Les nostalgiques apprécieront de se replonger dans cet univers mêlant humour macabre et horreur, qui connu un véritable succès en vidéo à l'époque et qui reste véritablement l'emblème de la Full Moon.
https://videopopcorn.myshopify.com/products/puppet-master
Pour qui veut découvrir ce film ou le redécouvrir, il faut évidemment se ruer sur l'édition de Video Popcorn. Une édition plus que soignée, proposant le film en Blu-ray et accompagné de suppléments qui méritent votre attention.
Honnêtement, je ne regarde quasiment jamais les bonus, notamment ceux qu'on appelle les bonus canapés, qui donnent la parole à des gens qui analysent le film mais qui n'étaient pas sur le tournage de l'époque. Ici, on a tout l'inverse, et c'est avec grand plaisir que j'ai tout visionné sans avoir l'impression de perdre mon temps.
Au menu donc, on trouve :
- Un interview de Charles Band, mené par Romain de la chaîne YouTube CroiX2malte
- Un interview de David Allen qui revient sur la difficulté à manipuler les marionnettes
- Une sorte de Making Of de présentation du film, qu'on trouvait à la fin de la VHS américaine
- La bande annonce
- La version Uncut du film, en vostf. Les passages et plans plus longs se distinguent par le changement de format de l'image.