Toei
Kamen Rider contre Shocker
Kamen Ridâ tai Shokkâ
L'organisation criminelle Shocker essaie de mettre la main sur le GX Device, une invention révolutionnaire permettant de contrôler la gravité, afin de détruire le Japon. Heureusement, les Kamen Riders sont là pour déjouer les plans du sinistre Dr Shinigami !
L'Avis :
Au début de l'année 1970, la chaîne Manaichi Broadcast System (MBS) est distancée par la concurrence sur le créneau de 19h30 - 20h. Afin de retrouver le succès, elle contacte le département télévision du studio Toei, qui sort du succès de "Giant Robo" et cherche sa prochaine poule aux oeufs d'or. Le studio s'associe alors avec le mangaka Shôtarô Ishinomori, qui leur propose tout d'abord d'adapter son manga "Skull Man", qui met en scène un justicier masqué cherchant à venger la mort de ses parents. Néanmoins, la Toei estimant ce projet trop sombre pour séduire les enfants, Ishinomori le retravaille, jusqu'à aboutir à un héros au masque de sauterelle : Kamen Rider est né, et il deviendra rapidement l'un des principaux héros de la culture pop japonaise !
La série suit d'abord les aventures de Takeshi Hongo, brillant étudiant (avec un QI de plus de 600, nous dit le tout premier épisode !) et motard, enlevé par l'organisation criminelle Shocker afin de le transformer en cyborg. Réussissant à s'échapper du laboratoire, il devient Kamen Rider, un être mi-homme mi-machine aux capacités inspirées par la sauterelle, et cherchera à se venger de Shocker. Rien n'étant jamais simple, l'interprète principal, Hiroshi Fujioka, se blesse lors d'un tournage après une dizaine d'épisodes. Qu'à cela ne tienne, un nouveau personnage est introduit, le photographe Hayato Ichimonji, incarné par Takeshi Sasaki. Un personnage qui va à son tour devenir un Kamen Rider, avant que les deux versions ne finissent par cohabiter dans plusieurs épisodes... et dans le film Kamer Rider contre Shocker, qui marquera l'aboutissement de cette collaboration entre les deux cyborgs.
Avec le succès impressionnant de la série, l'idée d'une adaptation des aventures du / des héros sur grand écran s'impose rapidement, d'autant que la diffusion d'une version "cinéma" de l'épisode 13 de la série, renommé pour l'occasion "Go Go Kamen Rider", a été accueillie avec un véritable enthousiasme. Le script est confié à Masaru Igami, scénariste classique de la saga, mais également d'épisodes de la série "San Ku Kai", qui aura marqué une génération de spectateurs en France, et la réalisation à Minoru Yamada, que l'on connaît également pour "San Ku Kai", mais aussi "Bioman". Devant la caméra, en plus des deux Kamen Rider, on retrouve Hideyo Amamoto, acteur à la filmographie fleuve et abonné aux rôles de méchants (outre l'univers Kamen Rider, on le retrouve régulièrement chez Ishiro Honda et / ou dans plusieurs kaiju eiga, tels que "La Revanche de King Kong").
Bref, après cette présentation un peu longue (et pourtant si brève !), que vaut donc ce premier véritable film mettant en scène Kamen Rider ? Autant le dire tout de suite : si vous aimez le genre, vous serez comblés ; si ce n'est pas le cas, ce n'est pas avec ce film que vous basculerez du côté sentai de la Force. Car "Kamen Rider contre Shocker" nous offre tout ce qui fait le charme (ou pas) de la saga : un rythme soutenu, des combats, des poursuites à moto, des poses iconiques (c'est d'ailleurs la première fois que Hongo utilise sa fameuse pose de transformation, "Henshin !"), des costumes un peu ringards, des ennemis nombreux qui apparaissent en se présentant et disparaissent en explosant lorsqu'ils sont vaincus, des Rider Jumps (pouvoirs de sauterelle oblige), des Rider Kicks, et une intrigue naïve mais permettant de varier les décors.
Je n'ai pas vu le temps passer devant ce moyen-métrage, à peine plus long que les épisodes de base de la série, tant celui-ci multiplie les actes de bravoure et se montre généreux. Chronologiquement placé entre les épisodes 51 et 52 de la première saison de "Kamen Rider", le film ressuscite de nombreux adversaires rencontrés jusqu'ici par Hongo et Ichimonji (une trentaine de monstres, qui se présentent les uns après les autres, avec des noms aussi évocateurs que Milpattos, Lycanthropo ou Limacilla), pour mon plus grand plaisir. Il permet également d'assurer la transition pour remettre Hongo, le premier Rider, sur le devant de la scène suite à son retour de blessure. On apprécie d'ailleurs la complémentarité entre les deux héros, le flegme de Hongo contrebalançant parfaitement la décontraction d'Ichimonji, et leur présence conjointe à l'écran permet de multiplier l'action, avec quelques transitions parfois superbes de naturel.
Bref, dans une galaxie de films et de séries parfois insondable pour le profane, Kamen Rider contre Shocker constitue une belle porte d'entrée, livrant avec un spectacle d'une indéniable générosité et regroupant tous les codes du genre. Le succès du film, couplé au succès du personnage, est tel que la Toei ne perdra pas de temps, et va rapidement produire un autre moyen métrage : "Kamen Rider contre l'ambassadeur infernal". Henshin !
En + : Roboto Films a eu l'excellente idée de sortir, dans sa collection Tokusatsu (qui comporte également l'essentielle trilogie Gamera, et dont on a hâte de connaître les futurs titres), un coffret blu-ray regroupant les huit films de l'ère Showa. En plus de "Kamen Rider vs Shocker", vous y retrouverez "Kamen Rider contre l'ambassadeur infernal", "Kamen Rider V3 contre les mutants de Destron", "Kamen Rider contre King Dark", "Kamen Rider : les huit Riders contre le Roi galactique", "Kamen Rider Super 1", "Kamen Rider Black : mission urgente à Onigashima !" et "Kamen Rider Black : horreur au manoir du col du Diable !".
Chaque film est présenté par l'inévitable Fabien Mauro (auteur notamment de LA Bible "Kaiju, envahisseurs et apocalypse", dans lequel j'ai pu piocher quelques informations pour cette fiche, et de "Ishiro Honda : humanisme monstre"), et le coffret comporte également un livret de 68 pages par Nicolas Jeantet (à qui l'on doit les livres "Godzilla : ère Showa" et "Godzilla : ère Heisei"), dans lequel j'ai également pioché, une présentation du mangaka Shotaro Ishinomori par Claude Leblanc (auteur de la biographie "Il était une fois le roi du manga") et quelques goodies.
Une parfaite porte d'entrée pour explorer l'univers du cyborg - motard - sauterelle !
Le coffret est disponible sur le site de Roboto : https://roboto-films.fr/products/kamen-rider-les-films-showa