Ogroff 2
Ogroff 2
Dans les années 80, un homme brisé par la cruauté du monde a laissé derrière lui une traînée de terreur et de sang : Ogroff, le bucheron fou. Un monstre forgé par la douleur et la vengeance hantait les bois, traquant ses victimes avec une rage sans nom ! Son nom résonnait comme un murmure sinistre, un avertissement que nul ne voulait entendre ! Mais le mal ne meurt jamais vraiment ! Aujourd'hui, alors que le temps a effacé les cicatrices visibles, une nouvelle ombre s'étend sur ces terres maudites. Les légendes renaissent, les secrets refont surface et l'horreur reprend son souffle !
Préparez-vous à plonger dans l'abîme... Ogroff est de retour !
L'AVIS :
Non. "Ogroff" n'est pas un nanar ! Car "Ogroff" (alias "Mad Mutilator") se regarde d'abord comme un ofni de série Z quasi-expérimental. Un joyau du terroir régional français filmé en super 8 avec les moyens du gueux, et le souffle du passionné. Cette oeuvre improbable du tréfonds des abysses insondables, considérée comme le premier slasher français, demeure aujourd'hui une relique culte du cinéma d'horreur amateur, adulée par les bisseux des grandes années vidéo-club. Une folie meurtrière de Norbert Moutier que l'on croirait sortie d'une réalité alternative tant son caractère ambulatoire quasi-muet et son atmosphère onirique nous conduit vers un état second presque végétatif.
40 ans après son massacre des codes cinématographiques, l'annonce inattendue d'une suite m'avait laissé perplexe. Bien qu'étant intrigué par ce projet de suite, le trailer de "Ogroff 2" m'avait pas beaucoup donné d'espoir, je l'avoue. Vouloir surfer sur le culte d'un artefact poussiéreux vénéré par les nanardeux me laissait imaginer un énième film de festival faussement nanardesque à l'humour foireux filmé entre potes, uniquement destiné à l'entourage de l'équipe du film. Bien que les visages participant au projet m'étaient familier, je craignais la sortie d'un film conçu comme une lourde private joke de vieux cinéphiles, et avais de sérieux doute quant à la qualité de cette série Z tournée au second degré. J'avais tout simplement peur de me retrouver face à une chiure concentrée d'humour trololol aléatoire façon "Prends ta bible et tire-toi" (quel supplice ce film...).
Et finalement... après avoir mis la main dessus par pur hasard après qu'un ami proche ait insisté pour que je le visionne... Une force gravitationnelle s'est emparée de moi.
Dès les premières secondes, la forêt Domaniale d'Orléans laisse chantonner sa faune tandis qu'un groupe de quatre métalleux-goth aux allures de lendemain de cuite entame une promenade sylvestre dans le but de porter leur voix fanatique seigneur Ogroff, le bûcheron fou qui a sauvé la France de l'invasion nazie, ressuscité par une brève incantation du dimanche et le dépôt d'une hache sur sa tombe, une fois que celle-ci fût démoulée par les voies naturelles de Hikkiko Mori (du groupe marseillais Bade Tripes). Cette introduction pose déjà les bases du rythme du film originel : cette obsession à étendre chaque scène par la multiplication de plans filmés avec une caméra insérée dans le sillon interfessier de son auteur. Puis le titre apparaît, Ogroff se réveille lui aussi de sa cuite après 40 ans de coma éthylique, prend sa hache, et s'élance vers son périple sanguinaire avec cette musique électronique si familière. C'est au cours de la première course-poursuite en forêt que l'ADN du film originel ressurgit pour rassurer les fans de ce dernier : l'état d'esprit demeure le même !
Ce pouvoir hypnotique si propre au "Mad Mutilator" sur cassette revient nous captiver par la dimension toujours aussi lunaire du projet, et par sa structure saccadée, désordonnée, structurée à l'arrache et rythmée par un monteur aux yeux bandés. Et si les dialogues sont plus présents que dans l'original (qui avait probablement oublié d'en écrire), leurs prononciations ont quelque chose de tout aussi singulier (mention spéciale au sergent Platinoff), comme si l'âme de Jean-Marie Pallardy planait entre chaque réplique et chaque prise de son. Mais soyez certains que les scènes de dialogues qui entrecoupent les scènes de chasse l'homme et de meurtres en série ne rallongent pas le film, car tout est fait (ou rien n'est fait) pour que la moindre minute vous captive par son étrange médiocrité assumée. Là où des cinéastes amateurs auraient apporté un minimum de soin à la technicité, l'équipe de ce "Ogroff 2" ont compris qu'il ne fallait en aucun cas aseptiser leur suite à l'ère de l'horreur clinquante modernisée. Là où même les comédies nanardesques se trahissent par le regard attentif de leurs créateurs adaptés par la technologie avancée, ce film donne l'impression d'avoir été tourné à la ramasse, par des passionnés restés coincés dans les années 80, sans talent apparent, sans effort manifeste et sans attention formelle. Et c'est justement ça la force de Ogroff ! La négligence technique au profit de la passion du genre horrifique bête et spontané ! L'expérience de l'inquiétante médiocrité et de l'étrange naïveté. L'absence de travail pour un résultat improbable, lunaire, authentique et sincère dans sa façon de captiver les amateurs de série Z purs et durs.
Parce que oui, la série Z ne s'évalue pas en fonction du travail fournies, mais en fonction du pouvoir hypnotique qu'il exerce sur nous, dans sa façon de déconcerter le cinéphile habitué à l'ordre académique des réalisations formatées par les règles du septième art. C'est en repensant à "Folie Meurtrière" de Antoine Pelissier, à "Violent Shit" de Andreas Schnaas, ou à certains shots on video de l'époque de la bobine magnétique qu'on se rend compte du caractère rêveur et farfelu de "Ogroff", et de la fidélité que cette suite démontre en préservant la formule première. L'impression d'avoir été écrit dans le PMU d'un village paumé, d'avoir été tourné par des bisseux insouciants seulement habités par leur passion dévorante, donne à "Ogroff 2" ce statut de film-hommage conçu par une nostalgie qui refuse de s'adapter à l'évolution du cinéma, comme si l'âme du métrage préférait se réfugier dans les vieilles bobines des vidéo-clubs.
Saucé avec du gore artisanal fabriqué au jus de fraise mélangé au ketchup, animé par un cinéma déconnecté, habité par l'amour du bis, abandonné par l'exigence, "Ogroff 2" s'inscrit sans honte dans la continuité du slasher culte de la série Z. Comme le rêve d'un fanzineux en sommeil, le bucheron fou poursuit son massacre sur 1h30 de vide ensorcelant et de musique dissonante, puis maintient l'essence non-professionnel du mutilateur pathétique dirigé par l'absurde et la déficience artistique.
A l'instar de "Horrificia" d'Antoine Pelissier, la France bisseuse montre une fois encore que la série Z du terroir n'est toujours pas morte, que la passion pour le genre nanardesque et grand-guignolesque est encore capable de pondre des oeuvres pour les fanzines de niches, et non pas pour les festivals exigeants. J'avais peur du résultat à l'annonce du projet, mais en réalité j'avais peur de voir la série Z de jadis disparaître définitivement, voire même d'être profanée, alors qu'au contraire, elle fut ressuscitée pour 1h30 de visionnage ofniesque, et Norbert Moutier lui-même peut reposer en paix, le torse bombé par la fierté d'avoir laissé une empreinte significative dans la bisserie française.
Un miracle tout droit sorti des enfers franchouillards !
Domine Ogroff ! Domine Ogroff ! Domine Ogroff !