Evanouis
Weapons
Une nuit, à 2h17 du matin, tous les élèves d’une classe de primaire sont sortis de chez eux et ont disparu. Tous sauf un. Alors que le mystère sur ce drame mystérieux s’épaissit, différents personnages vont mener l’enquête plus ou moins volontairement : l’institutrice de la classe en cause, le père d’un des disparus, un policier avec des problèmes conjugaux, une petite frappe toxicomane… Et au milieu de tout ça, l’apparition angoissante d’une mystérieuse femme. ..
L'AVIS :
Drôle de personnage que ce Zach Cregger. Après avoir œuvré dans l’humour avec son premier long métrage "Miss March" (2009) (Queue de cheval mégabite, à tous jamais dans nos coeurs), le voilà reconverti en créateur d’angoisse. En 2022, "Barbare" avait pris tout le monde de court : un thriller « domestique » qui basculait soudain dans le délire total, alternant points de vue et surprises macabres. Une vraie bouffée d’air (ou, disons-le, un recyclage intelligent) dans le paysage horrifique.
Trois ans plus tard, Cregger remet le couvert avec "Evanouis", après avoir participé à la production du sympathique "Companion". La curiosité était à son comble : une bande-annonce intrigante et un pitch imparable : Une nuit, à 2h17 du matin, toute une classe de primaire disparaît sans laisser de traces. L’énigme était plantée; restait à savoir si le film tiendrait la distance.
Sur le plan formel, rien à redire. La narration adopte une structure en chapitres, chaque segment offrant le regard d’un personnage différent, de l’institutrice au père d’un disparu en passant par un flic et une petite frappe. Les pièces du puzzle s’imbriquent peu à peu, révélant un mystère aux multiples facettes. La mise en scène est soignée : plans rapprochés au plus près des visages, longs travellings, plans fixes millimétrés. Le tout est sublimé par une petite bourgade américaine digne d’un roman de Stephen King. Cregger a l’art de poser une ambiance et de construire la tension.
Reste que, si les personnages sont bien caractérisés et superbement interprétés, ils semblent parfois pas très malins, voir antipathiques. Archer (Josh Brolin) mène une enquête à grands coups de déductions hâtivesvalidées par un scénario conciliant. Les policiers, eux, avalent toutes les couleuvres servies par l’antagoniste sans vérifier la moindre information. Quant aux habitants, ils se transforment en meute aveugle accusant l’institutrice Justine sans se demander si la piste principale (pourtant évidente pour le spectateur) ne leur passe pas sous le nez.
Faut-il y voir une critique du système et du conformisme ? Une attaque contre la police ? Ou juste des facilités d’écriture pour faire avancer le récit sans encombre ? Chacun jugera.
Attention Spoilers !!
Après 90 minutes d’un mystère impeccablement entretenu, la disparition des enfants s’explique… par une sorcière. Oui, littéralement. Cet élément fantastique, amené avec des gros sabots, surgit comme un lapin d’un chapeau et transforme le film en farce comico-gore. La dernière partie, rythmée et jubilatoire tranche avec le sérieux initial. Il faut bien avouer que la même révélation présentée avec le premier degré initial aurait été très déceptif. Alors, pour nous faire accepter cette idée, Cregger compense avec un spectacle, gore, grotesque et, avouons-le, très drôle.
On s’amuse, certes. C’est bien filmé, généreux, inventif. Mais une fois l’excitation passée, la question s’impose : « Dis, Zach… tu n’aurais pas vendu un super concept que tu ne savais pas comment finir, alors tu as joué sur la surenchère pour faire passer la pilule de ton manque d’idées ? »
Ajoutons que, malgré quelques tentatives (portes qui claquent, jumpscares prévisibles), « Évanouis » tient davantage du thriller que de l’horreur pure. Cregger brillant plus dans l’atmosphère que dans l’effroi viscéral.
On sort donc partagé : frustré par le manque de logique et les facilités scénaristiques, mais séduit par la maîtrise visuelle et la générosité du spectacle. Zach Cregger s’amuse à brouiller les pistes, mais donne parfois l’impression de privilégier la pirouette à la vraie résolution.
Après "Barbare" et "Evanouis" ou il a un peu joué les petits malins, à voir si Cregger arrivera à nous surprendre positivement sur un projet qui semble plus sur des rails : le prochain film de la franchise « Resident Evil ».