Good boy (2025)
Good boy (2025)
Un chien fidèle emménage dans une maison familiale rurale avec son propriétaire Todd, mais découvre que des forces surnaturelles se cachent dans l’ombre. Alors que des entités sombres menacent son compagnon humain, le courageux chiot doit se battre pour protéger celui qu’il aime le plus...
L'avis :
Petit film de festival, "Good Boy" a bénéficié d'une sortie éclair de 48h en salle de façon à créer l'événement avant son arrivée sur la plateforme Shadowz. Un pari audacieux qui mise sur son concept intriguant : être un film d'épouvante vu à hauteur de chien. Rien que cette promesse a suffi à enflammer les réseaux sociaux, mettant en avant des réactions mielleuses et éplorées : "oh le beau toutou !", "Ne lui faites pas du mal...", "Si le chien meurt, je n'irai pas voir le film". Ce genre d'attendrissement prémâché d'une sentimentalité sirupeuse autour du "pauvre toutou" avait de quoi me faire fuir tant la niaiserie collective m'était insupportable. Cependant, l'originalité du concept a suffi à préserver ma curiosité.
Et voilà que "Good Boy" m'a pris à revers. Là où je redoutais une mièvrerie déguisée en film de genre, j'ai découvert une oeuvre d'une maturité inattendue, hantée par des spectres éloignés de tout code d'épouvante de pacotille. Entre les murs de la maison familiale où le maître et son chien s'installent, la menace invisible rôdant dans la pénombre vient ronger de l'intérieur pour décomposer le corps et le lien. Progressivement, une lourde atmosphère se met en place, l'ombre suinte des murs, un souffle fétide traverse chaque plan et le chien commence à sentir ce que nous ne voyons pas, et ce que le maître refuse de voir : la Mort, qui s'incarne ici comme une silhouette menaçante et fantomatique. On comprend très vite que ce film de maison hantée est avant tout la métaphore d'un lien qui s'estompe, d'un déni de l'agonie qui persiste et d'une maladie qui contamine les lieux.
Mais ce qui frappe d'abord, c'est la photographie, somptueuse et picturale, mariée aux éclairages étonnants et inquiétants. L'obscurité n'est jamais uniforme. Elle est mouvante, captivante, à croire que les ténèbres apparaissent comme un personnage à part entière. Nous sommes confrontés en permanence au jeu de la perception, de l'incertitude d'avoir vu une silhouette dissimulée en arrière-plan ou dans l'ombre, avec une subtilité trop rare aujourd'hui dans le domaine de l'épouvante moderne confirmé à l'héritage Blumhouse. Quant au cadrage, il obéit à une logique simple mais immersive : tout est filmé à la hauteur du chien. Les contre-plongées, les plans rasants, les approches au plus près du museau ; tout cela nous force à épouser le regard et l'inquiétude du clébard. Et en renonçant à la posture humaine, la caméra s'adapte et trouve sa force dans sa manière de fidéliser son point de vue animal. Le chien n'aboie pas, il observe, ressent et endure. Là où le concept aurait pu piéger le film dans l'expérimental foireux comme l'eussent fait "Presence" ou "In a Violent nature", la mise en scène humanise la bête sans mièvrerie, en faisant de lui un gardien silencieux, un fervent défenseur de son maître d'où provient le mal maladif. Et c'est précisément cette tension entre son instinct et sa lucidité qui confère au film une beauté tragique. Car oui, ce film d'épouvante en apparence est en réalité un drame pestilentiel dont on comprend très vite la métaphore.
Utilisant les codes classiques du film de maison hantée, le film semble contaminé par cette pourriture vivante, rôdant dans un foyer comme une maladie habite un corps destiné à s'éteindre. Des maquillages boueux apparaissent, les suintements noirs verdâtres viennent rappeler la pourriture d'un organisme dégénérescent, comme si le film donnait à la maladie une identité monstrueuse et spectrale, une texture repoussante, une atmosphère fiévreuse et une morbidité fragile sans échappatoire. C'est alors que la maison hantée devient l'allégorie de la dégradation du corps et de l'esprit, le silence de mort s'amalgame à la solitude et au refus d'agir, et le chien s'impose comme le dernier souffle de clairvoyance et d'avertissement, aussi impuissant que la soeur de son maître qui tente de l'alarmer incessamment sur son état, impuissante face au déni autodestructeur d'un homme enfermé dans son déni.
Ce théâtre symbolique fait de l'horreur domestique une image de la souffrance intérieure, de la menace invasive qui s'incruste sans prévenir, et qui détruit à petit feu le foyer intime au-dessus duquel plane l'hérédité familiale. Ce grand corps malade dont on n'aperçoit (presque) jamais le visage perd peu à peu son identité du vivant pour ne devenir que l'ombre de lui-même, un fantôme parmi les spectres, un organisme vivant qui paraît sans vie, hanté par un cauchemar universel qui rôde silencieusement autour des foyers, à l'intérieur de l'Homme, apparaissant subtilement dans l'ombre, juste assez pour générer la peur de ce qui peut arriver, et de ce qui risque d'arriver inévitablement si nous ne faisons pas comme le chien : tenter d'agir. Et si par malheur nous parvenons à observer le mal, c'est qu'il est déjà là, et qu'il est déjà trop tard.
En définitive, "Good Boy" dépasse son concept malin pour toucher à quelque chose de plus profond, et de moins mignon qu'il en avait l'air dans sa promotion sentimentaliste : la perception animale vis-à-vis de la mort humaine. On dit souvent que les animaux ont un sixième sens pour capter l'agonie, mais cela n'a rien de surnaturel en vérité, car la maladie a une odeur, une puanteur que seuls les animaux peuvent être capables de renifler par leur flair. Et ce film n'est pas une oeuvre mielleuse sur un chien héroïque face à des entités surnaturelles, mais plutôt une lente descente sensorielle dans l'intimité d'un lieu qui se délite, et d'un corps hanté qui décrépit progressivement sous l'emprise d'une ombre qui peut être cachée en nous, et peut se manifester autour de nous, quitte à rompre les liens sociaux et les liens du coeur que l'on tisse avec nos proches et notre animal de compagnie qui, eux, nous resteront fidèles jusqu'à la fin.