Voodoo academy
Voodoo academy
Christopher Sawyer, un jeune homme pieux et idéaliste, rejoint la Carmichael Bible College, une école religieuse réservée aux garçons. Cette dernière est dirigée par la mystérieuse Mrs Bouvier. Très vite, il découvre que les autres étudiants semblent soumis à une discipline étrange, entre rituels occultes et fascination malsaine pour la pureté de leur corps. Derrière la façade chrétienne de l’école se cache un culte vaudou dirigé par la directrice et un révérend manipulateur, qui cherchent à canaliser l’énergie virile des élèves pour ressusciter un démon. Christopher devra résister à l’endoctrinement et percer les secrets de cette académie où la foi devient instrument de possession...
L'AVIS :
Sorti en 2000, "Voodoo Academy" s’impose comme une synthèse du style DeCoteau, à l’aube du XXIème siècle. Produit par Full Moon Entertainment, coutumière du genre, le film est à la fois un manifeste esthétique, une série B (ou Z) fétichiste, et une relecture homo-érotique du film de pensionnat masculin, baignée dans une lumière surnaturelle et traversée de ralentis contemplatifs. Sous son vernis de film d’horreur low cost, "Voodoo Academy" cache en réalité un pur objet de style, où chaque plan semble dicté par un parti pris esthétique, plus que par une logique narrative.
Le scénario, prétexte à huis clos emprunt d’érotisme bon enfant, évoque les grandes heures de l’horreur gothique passé à la moulinette du teen movie homo-érotique. Christopher Sawyer (Riley Smith, tout droit sorti d’un catalogue Abercrombie) est admis à la Carmichael Bible College, une école religieuse nichée dans une demeure isolée au style colonial (nous aurons droit au même plan de la façade de la demeure, recyclée à plusieurs endroits du film). Rapidement, il découvre que les autres étudiants — tous jeunes, beaux, musclés et étrangement disponibles — semblent enrôlés dans une forme de culte occulte mêlant christianisme dévoyé, vaudou assez cheap et transes quasi sexuelles. Évidemment, les incohérences scénaristiques sont légion. Certaines sont mêmes mises en avant de manière ostensible dans les dialogues, mettant de facto en exergue le second degré de l’esprit même du film. Par exemple, de l’extérieur, la demeure et donc l’école, est particulièrement imposante. Arrivé pour son entretien d’admission, Christopher est surpris par l’absence d’autres élèves aux alentours et dans l’école. La directrice Mrs Bouvier (interprétée par Debra Mayer) lui apprend donc que le nombre total d’étudiants est de six (!) lui y compris, car il s’agit d’une école chrétienne encore en phase expérimentale. Quelques minutes après, on apprend qu’un des autres étudiants a préféré intégrer cette dernière, alors qu’il avait été reçu dans une autre école, particulièrement prestigieuse. Logique. J’imagine que DeCoteau n’avait pas plus d’éphèbes sous la main (élément que l’on peut regretter, mais ne faisons pas la fine bouche).
La directrice et le révérend Carmichael, figure d’autorité ambiguë, manipulent les élèves dans un plan démoniaque de « résurrection charnelle », visant à ramener un seigneur des ténèbres à travers la pureté virile de leurs jeunes corps. Pour exécuter leur dessein, ils ont cependant besoin de corps et d’esprits absolument purs. Ainsi, leur première tentative échoua, et notre protagoniste principal a été recruté en remplacement de la victime initiale. Le révérend s’est chargé de la disparition de son corps, armé d’un scalpel. On imagine que dépecer un corps au scalpel, ça a dû lui prendre des plombes. Le sexe est totalement absent en surface mais omniprésent dans le sous-texte, qui flirte sans cesse avec une pulsion latente : dialogues à double sens, douches aussi lentes que répétitives, plans contemplatifs et récurrents sur les jeunes hommes se caressant à moitié nus sur leurs lits… Et évidemment, pléthore de caleçons blancs, marque de fabrique de Decoteau. Il pousse ici à son paroxysme son obsession pour la lenteur hypnotique, les éclairages bleutés et les lumières stroboscopiques. Les cadrages sont presque toujours fixes, frontaux, accentuant la sensation de théâtre filmé. Les acteurs, tous castés pour leur physique – et on l’en remercie – sont dirigés comme des mannequins en transe. Les dialogues sont minimaux, parfois absurdes, mais ce n’est pas un défaut : c’est une stratégie. Le langage principal du film est celui du corps et de l’espace. La caméra s’attarde longuement sur les visages concentrés, les torses nus, les postures religieuses détournées. On y retrouve des traces de "Scorpio Rising", réinterprétées dans un contexte de DTV sous codification gay. En somme, du cinéma d’horreur vaudou, avec esthétique néo-gothique homo-érotique. Un joyeux mélange, qui fonctionne cependant.
Tourné en quatre jours avec un budget estimé à environ 55 000 dollars (et encore, on peine à le croire), "Voodoo Academy" repose sur un décor sympa — un manoir californien habillé de tentures sombres et de crucifix — et un casting réduit à une poignée d’acteurs interchangeables. La direction artistique évoque un clip gothique pour adolescents : lumière bleue, fumée au sol, musique synthétique. Les rares effets spéciaux (éclairs, effets lumineux violacés, hallucinations) sont volontairement kitsch, fauchés, mais s’insèrent parfaitement dans le contexte onirique du film. De manière générale, le fond et la forme sont cohérents, et en faisant preuve de second degré, le visionnage de ce métrage est un plaisir. Le film parvient à être toujours divertissant, jamais ennuyeux.
Comme dans "Frankenstein Reborn" ou "The Brotherhood", DeCoteau utilise l’horreur comme alibi pour explorer une iconographie gay. Le pensionnat devient un lieu de répression, de tentation et de rite de passage. Le démon invoqué par les prêtres pourrait être lu comme une métaphore du désir refoulé, qui prend forme à travers la manipulation des corps et l’uniformisation masculine. La morale chrétienne y est détournée : le « péché » n’est pas le sexe, mais le refus du désir. La figure de l’adolescent vierge (Christopher) devient centrale : non pas pour être sacrifié, mais pour être éveillé à une vérité plus grande — celle d’un monde où les valeurs de pureté sont piégées dans des structures de pouvoir perverses.
"Voodoo Academy" est une production presque ésotérique dans sa démarche. C’est un film qui s’obstine à ne pas être ce qu’il prétend : ni vraiment un film d’horreur, ni un pastiche, mais plutôt un rêve fétichiste de cloître masculin, filmé comme un fantasme interdit. "Voodoo Academy" est peut-être la quintessence du cinéma de DeCoteau, et pour cette raison il peinera sans doute à trouver son public : trop lent pour les amateurs de jump scares, trop chargé en caleçons blancs pour les puristes du gothique, mais il conviendra cependant parfaitement aux amateurs d’un cinéma relativement contemplatif, d’éphèbes imberbes dénudés, et de clichés du néo-gothique.