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Gavage | Gavage | 2025
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Gavage | Gavage | 2025
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Gavage

Gavage

Un éleveur de canards va se laisser embarquer dans une commande de foie gras des plus particulières pour le compte de ses employeurs. Une commande qui lui permettrait de sortir sa ferme de la faillite ? Purée mais bien évidemment que cela ne se refuse pas !

Gavage | Gavage | 2025

L'AVIS:

Plusieurs années après un déjà très sympathique "Besoin dead" (2017) qui mettait en scène un témoin de mariage et un pasteur (le regretté Philippe Nahon) dans la peau de tueurs de zombies le temps d’un court-métrage sanglant et teinté d’humour de 18 minutes environ, Aurélien Digard reprend sa recette de la comédie horrifique huit ans plus tard avec un nouveau film intitulé "Gavage".

Présenté lors de la Compétition des Courts-Métrage à la 33ème édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer à laquelle j’ai assisté, le film d’Aurélien Digard est le film de la sélection des courts que j’attendais le plus à la lecture des synopsis. Humour, horreur, agroalimentaire : mes passions qui semblaient réunies ici en un petit film de 26 minutes environ et qui, j’étais persuadé, allait me faire passer un très bon petit moment dans cette salle mythique du Paradiso sur la Perle des Vosges. Cette même salle où une grosse quinzaine d’années auparavant j’ai commencé à couvrir le festival Vosgien pour horreur.com avec comme toute première séance celui qui deviendra l’un de mes films fétiches : "The woman" de Lucky McKee.

Mais trêve de bavardages et intéressons-nous donc, avant que je ne vous gave avec mes histoires perso, à ce fameux "Gavage" !

Et le moins que l'on puisse dire c'est que je n'ai pas été déçu de cette projection qui vendait du rêve sur le papier tout en gardant cette part de mystère bienvenue.
D'ailleurs c'est bien simple : tout est réussi dans ce court-métrage. L'histoire est riche en rebondissements et le scénario fort bien écrit, ce qui n'est pas si courant dans ce type de format au vu du peu de temps que l'on a pour retranscrire une histoire. Or ici chaque minute offre une multitude d'informations (orales comme visuelles), des dialogues savoureux et des touches d'humour qui font mouche.

Intelligemment raconté et parfaitement ancré dans l'actualité de notre quotidien, les thématiques abordées dans "Gavage" sont diverses et variées mais pas de surenchère ici car tout est parfaitement exploité. Dans un contexte politico-économique incertain et cruel pour de nombreux français, le film d’Aurélien Digard revient sur la situation des éleveurs/agriculteurs dans le Monde d'aujourd'hui, bien loin d’être rose (des factures à payer qui s’entassent, la grippe aviaire qui décime les volailles, l’émergence du Bio qui interroge fortement...), en mettant notamment en valeur ici les différences dans les classes sociales (les rapports de force entre notre éleveur en détresse à qui on propose de séances de psy pour se remettre de la disparition de ses bêtes et notre riche employeur bien peu attendri par la situation sont flagrants et bien ressentis). Rajoutez à cela un peu de phénomènes d’actualité qui brassent notre cher pays depuis pas mal d’années (le terrorisme/radicalisme, la violence au sein des Forces de l’Ordre, la montée de la culture RSE dans les entreprises - on parle ici de « société éco responsable » ou encore de « zéro déchets, plus de plastique » - , les modes d’alimentation tels que le Halal ou les flexitariens et végétariens...) et vous obtenez là un scénario rondement bien écrit et savamment dosé. C’est surprenant et brillant à la fois de retrouver autant d’informations (sans pour autant donner cette impression d’accumulation sans fil narratif, bien au contraire) dans un court-métrage !

Abattage de cheptels entiers, perte de revenus et amoncellement de factures, puis parfois burn-out ou suicide quand les séances de psy ne suffisent pas…… Tous ces petits mots et détails scénaristiques dans "Gavage" nous montrent que le quotidien est loin d’être joyeux pour nos éleveurs d’aujourd’hui.
D’ailleurs, les détails ne sont pas que dans les dialogues et les personnages en eux-mêmes : les décors parlent beaucoup également et nous plongent ici dans un quotidien sacrément déprimant. Les décors bien vieillots et tristes (l’état des murs et le manque de décoration, la vétusté de la cuisine avec la porte du réfrigérateur dégueulasse, la tuyauterie bonne à changer et son mobilier des plus minimalistes) en disent long sur l’état de précarité dans laquelle se trouve notre malheureux éleveur. Et la vaisselle non lavée dans l’évier, la chevelure non soignée, le pull défraichi… un souci du détail qui ne trompe pas et qui nous informe très rapidement sur l’état de détresse et de solitude (d’ailleurs il se brouille avec sa compagne qui fiche le camp) dans lequel se trouve notre éleveur.

Et pourtant, malgré ce contexte des plus moroses et tristes qui ferait là un très bon film dramatique, Aurélien Digard nous prend à contrepied pour nous faire basculer dans un long-métrage fantastique d’une part (je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher l’effet de surprise mais sachez notamment que notre ami strasbourgeois David Scherer a répondu présent sur les effets spéciaux et que certaines scènes sanglantes sauront émoustiller les fans) et humoristique d’autre part. D’ailleurs, si vous voulez vous faire une petite idée de notre film du jour, je dirais que "Gavage" n’est pas sans rappeler un certain "Barbaque" de Fabrice Eboué sorti en 2021…

Avec les troubles psychiques (on minimalise le suicide et le suivi psychologique) passés en dérision, la petite touche de misogynie bien perçue et qui amuse, ou encore les relations employeur/éleveur et éleveur/victime pétillantes et teintées d’humour, Aurélien Digard et son équipe ont su nous divertir et nous faire rire avec beaucoup de réussite dans les Vosges en ce début d’année 2026.

Et les acteurs et actrices, parlons-en !

Notre éleveur, incarné par un Valentin Papoudof très juste dans son rôle, nous fait bien de la peine, tiraillé par les dettes et les factures qui s’accumulent et cette commande des plus spéciales qui tombe soudainement et qui pourrait le faire sortir de ce gouffre financier dans lequel il est tombé. Une spirale infernale dans laquelle notre éleveur est entré et semble à présent bien coincé mais qui ne manque pas de courage et de volonté pour essayer d’en sortir. Et ce malgré une maladresse et une méconnaissance de cette voie dans laquelle on l’a guidé et qui rendent la situation bien compliquée pour lui mais aussi bien comique pour nous.

Et ce n’est pas sa compagne, incarnée avec justesse par Anne-Laure Gruet, qui va le sortir de cette merde dans laquelle il a mis les pieds, ce dernier la laissant partir en tout début d’histoire pour finalement ensuite lui assainir un bon coup à la tête quand elle décide de revenir ! Elle qui représente dans le court-métrage la « voix de la raison » va tout simplement se faire balayée par son compagnon bien mal en point. Drôle et tragique à la fois !

En face de ce couple, nous avons l’excellent et drôle Stéphan Wojtowicz dans le rôle de l’employeur ainsi que son adjoint de fils, petit con roulant des mécaniques, joué par Zack Naranjo. Un duo tonitruant (surtout truands d’ailleurs) pour lequel la morale et l’éthique sont mises de côté : nos deux compères sont froids et intransigeants, se foutent ouvertement de la condition financière de notre éleveur, ricanent de sujets morbides et minimisent la situation dans laquelle ils ont entraîné le pauvre homme (« J’vous d’mande pas grand-chose » balance-t-il après avoir proposé à ce dernier quelque chose qui dépasse l’entendement).

Face à ce duo puissant (eux seuls peuvent le sauver de la faillite et une fois le deal accepté ils savent se montrer persuasifs pour éviter que leur fournisseur ne fasse marche arrière), notre cher gaveur d’oies n’a aucune chance de trouver une autre issue que celle qui lui est proposée. Et justement c’est là que nous retrouvons la très amusante Allison Chassagne qui vient compléter ce très bon casting mais pour laquelle je ne peux trop en dire pour ne rien dévoiler de l’intrigue. Cette commerçante un brin fofolle saura vous amuser mais également vous faire détourner le regard pour les plus sensibles d’entre nous (et notamment cette jeune fille à côté de qui j’étais assis durant la projection à Gérardmer…)

Avec ce drame teinté de fantastique et d’humour servi par un casting de très bonne facture, Aurélien Digard et son équipe m’ont offert là ce qui restera mon coup de cœur de ces dernières années post-Covid de Compétitions des courts-métrages à Gérardmer !

Une vraie réussite, chapeau bas à toute l'équipe ! Travaillant en parallèle d'Horreur.Com dans l'Agroalimentaire et le RSE, j'ai littéralement été emballé par cette superbe proposition de cinéma très ancrée dans notre actualité, dans ce qui fait notre quotidien et ce qui nourrit notre avenir.

Et pour celles et ceux qui veulent découvrir le court-métrage d’Aurélien Digard "Besoin dead" dont je vous ai parlé en tout début de chronique, le voici ci-dessous (un film disponible sur Youtube que je vous recommande au même titre que "Gavage", et surtout n’hésitez pas à laisser un commentaire sur Youtube pour dire à l’équipe du film ce que vous en avez pensé, cela fait toujours plaisir !)

Gavage | Gavage | 2025
Gavage | Gavage | 2025
Bande-annonce
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David Maurice