XXX darknet : red lips
XXX darknet : red lips
Deux blogueuses parviennent à accéder au site du darknet « Red Lips », où les utilisateurs mettent en ligne, moyennant paiement, des vidéos illégales et choquantes, toutes caractérisées par le thème récurrent des lèvres rouges. Loin d'être choquées, les deux jeunes femmes semblent amusées, voire excitées, par les horreurs dévoilées dans les vidéos brutales qu'elles découvrent sur le serveur...
L'AVIS :
Troisième volet d'une perverse saga de films d'antologie, "XXX Darknet : Red lips" a pour ambition d'imposer un maximum d'images explicites principalement concentrées sur l'entre-jambe meurtrie. Après un décevant "XXX : Deep Web" et un non négligeable "XXX : Dark Web", cette plongée dans le réseau virtuel abyssal où règnent les extrêmophiles explore quatre zones d'ombre que nul n'oubliera après le visionnage. Et c'est à nouveau distribué par Tetro Video, une des plus grandes références du cinéma extrême de nos jours, que cette vile production verra le jour.
Réunissant plusieurs artistes, réalisateurs, performeurs déjà familiers à la scène underground, les thématiques tourneront autour de leurs habitudes ; à savoir l'auto-destruction, l'auto-mutilation génitale, le sadisme sans concession et la dépravation sexuelle brute. Chaque segment est réuni par un fil rouge dans lequel deux charmantes blogueuses (ressemblant fortement aux soeurs Soska de "Regoregitated Sacrifice") farfouillent les recoins obscurs du darknet afin d'y dénicher les pires horreurs, et de s'encanailler jovialement au fur et à mesure de leur visite virtuelle.
Dès son premier segment, le film annonce les ténèbres. La réalisatrice y endosse le rôle principal et livre une performance frontale, profondément intimiste, où se cristallisent mal-être compulsif, regrets et pulsions autodestructrices. Le corps rongé par ses démons devient un champ de bataille mutilé jusqu’à l’extrême à travers des gestes répétés et des plans rapprochés qui imposent un rapport voyeuriste dérangeant. La paire de ciseaux se mue en vecteur de violence sexuelle, ouvrant une tentative audacieuse de pénétrer les portes humides de l’enfer rouge saturé de sang, et de graisse, disons-le. Si la démesure et l’engagement graphique impressionnent, le segment trahit parfois ses faiblesses dans un surjeu émotionnel et un éclairage trop visible qui aurait gagné à s’enfoncer davantage dans la pénombre. Un travail plus marqué sur l'obscurité aurait renforcé la proximité dérangeante avec le personnage malmené par sa propre déchéance. Malgré cette réserve, cette entrée en matière pose des bases radicales, matérialisant un rapport au corps profondément altéré et dominé par la pulsion, la culpabilité et l'oppression sonore d'une musique industrielle constante.
Vient ensuite le deuxième segment qui s’impose sans conteste comme le plus radical et le plus marquant de l’anthologie. Réalisé et interprété par Simon Spachmann aux côtés de Jean Rise, qui s'est déjà fait remarquer avec "Born Dead", "Lost Cave" et "Satanic Suffering", il pousse l’horreur dans un territoire malsain, morbide et infâme en flirtant avec l'esthétique faux snuff d’un réalisme glaçant. Entre profanation de cadavres, viol nécrophile et charcutage de macchabées en voie de décomposition, les effets gore constituent sans aucun doute le point culminant de ce segment en lequel chaque image devient une vitrine crasseuse et viscérale d’un réalisme chirurgical sidérant. Cet artisan du pervers et du macabre n'hésitera pas d'ailleurs à aller chercher le fruit des entrailles en plongeant son avant-bras dans l'antre souillé de la luxure fermentée.
L'aspect le plus troublant réside également dans la manière dont le film convoque un imaginaire directement inspiré des véritables vidéos gores circulant sur internet. Certaines scènes semblent faire écho à des faits tristement réels, notamment la fameuse vidéo "3 Guys, 1 Hammer" impliquant deux individus et un sans-abri, ou encore certaines vidéos de cartels dans lesquelles les corps de victimes sont réduits en bouillie sanguinolente. Cette proximité avec le réel confère au segment une dimension presque insoutenable, renforcée par une mise en scène crue quasi-documentaire, une absence de musique, et une sensation d'assister à quelque chose qui n'aurait jamais dû être filmé. Une séquence en particulier, se déroulant dans une salle de bain, concentre toute l'horreur du segment, et synthétise cette esthétique du dégoût et de la putréfaction dans une accumulation de gestes sadiques, pervers et intolérable. Dans cette débauche, le jeu d'acteur reste étonnamment solide, pouvant naturellement se comparer avec les méfaits de "August Underground" tant dans l'approche pseudo-réaliste que dans cette volonté de provoquer un malaise durable et injustifiable. Une performance artisanale éprouvante qui m’a littéralement laissé bouche bée et qui, bien entendu, a conquis mon coeur de fan endurci de cinéma extrême underground.
Quant au troisième segment, il adopte une approche plus conceptuelle et contemplative. Il s'éloigne du gore frontal pour explorer une horreur performative. Un homme nu fait face à plusieurs écrans diffusant une performance abjecte autour des déjections, évoquant clairement l’actionnisme viennois de Günter Brus ou les métamorphoses corporelles d’Olivier de Sagazan. Le travail sur la lumière transforme la matière en boue ou en terre, donnant au corps une dimension sculpturale troublante et captivante. Le plaisir voyeuriste de l’observateur, ponctué d’atteintes génitales et soutenu par une bande-son bruitiste, renforce une atmosphère perverse et oppressante qui rappellera celle des films de Mikel Balerdi. Bien que volontairement longuet par sa répétitivité, ce segment s’impose comme l’un des plus intéressants sur le plan visuel et symbolique malgré la nature abject de ce qu'il nous montre (mention spécial au prolapsus anal).
Puis arrive le quatrième segment, qui apparaît en revanche comme le maillon faible de l'anthologie. Malgré une volonté évidente de choquer par la séquestration et la torture sexuelle extrême, l’exécution, qui peine à convaincre, souffre d’une mise en scène maladroite. La colorimétrie verdâtre, trop marquée, confère une esthétique cheap qui bascule dans le grotesque, désamorçant toute tension. Les effets spéciaux, pourtant appuyés et soignés, manquent de crédibilité, et le jeu d’acteur reste en deçà de l’investissement des autres segments malgré le respect de la continuité. Il ne subsiste finalement que quelques images graphiques, sans réel impact durable, faute à une immersion annihilée par l'absence d'implication émotionnelle.
Enfin, le dernier segment vient clore l’anthologie en reprenant le fil rouge narratif avec la réunion des deux blogueuses qui finissent par s'acoquiner autour d’un homme séquestré et mutilé. Si certaines images, notamment dans la salle de bain et la baignoire, sont visuellement très réussies, mêlant violence sanguinolente et esthétique érotico-gore, l’ensemble est affaibli par un montage frileux, comme si le réalisateur ne faisait pas confiance à ses effets gore ou à ses trucages pour tenir sur un plan-séquence. Les mutilations, comme les arrachages d’ongles, jusqu'à la décapitation sont systématiquement éludées par des coupes, trahissant un manque de confiance dans les trucages grand-guignolesques pourtant réussis. Le jeu surjoué des actrices, limite également l'efficacité voulue par cette surenchère de violence absolue. Cette conclusion reste cohérente mais relativement sage, offrant quelques fulgurances esthétiques sans note majeur, et sans atteindre l’intensité des segments les plus radicaux desquels il reste en retrait. Il s'en dégage toutefois une ambiance érotico-gore teintée d'une esthétique pseudo-snuff étonnamment belle, bien que trop théâtrale.
Au final, "XXX Darknet : Red Lips" se révèle cohérent dans ses segments, incontournable pour certaines de ses images nauséabondes, et propose plusieurs moments de cinéma extrême marquants en oscillant entre performance corporelle, faux snuff, horreur conceptuelle et artisanat gore radical. Une œuvre éprouvante et jusqu'au-boutiste, parfois fascinante, parfois bancale, mais qui mérite franchement l’attention des amateurs avertis de cinéma underground sans concessions.
Quoi qu'il en soit, soyez prêts avant de lancer le visionnage, car au vu de ce qui vous attend, vous risquez d'avoir mal... très mal.
* Disponible chez TETRO VIDEO
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