Fresh flesh

Carne cruda

Quico, Andres, Rosa et Marta partent camper en forêt et tombent contre toute attente sur un groupe de personnes dansant autour d’un feu de joie. L’une d’elles va mordre au bras le malheureux Quico qui, une fois rentré à la maison, va commencer à se sentir mal. Depuis cet épisode douloureux, il va developper ce qui ressemble en premier lieu à un état grippal mais il va surtout commencer à avoir… envie de chair fraîche…

Fresh flesh | Carne cruda | 2011

L'AVIS:

"Carne cruda" est un petit film espagnol découvert sur la plateforme Netflix, un peu par hasard mais finalement comme beaucoup de monde ici : on sélectionne « films » puis la catégorie « horreur » et on fait défiler les films les uns derrière les autres (« vu, vu, vu plusieurs fois, vu et pas mal, pas vu mais ça a l’air nul, vu, vu… ») jusqu’à tomber sur une affiche qui intrigue, un titre qui donne envie et un synopsis qui interpelle. Et c’est parti pour le visionnage de ce "Carne cruda" qui me rappelle que je suis friand de cannibale movies !

Alors oui on s’y attendait en voyant l’affiche du film et le peu de publicités autour de celui-ci (le quasi néant sur le Web et même sur Imdb il convient de taper le titre anglophone et non original "Fresh flesh" pour tomber sur la fiche du long-métrage du parfait inconnu Tirso Calero), nous sommes ici face un micro budget.

On sent le film quelque peu fauché dès le départ avec cette tribu de gens olé-olé pratiquant le naturisme et le cannibalisme avec leur gourou et son fidèle débile de service, autour d’un feu de joie pour fêter le solstice. Les jeux d’acteurs sont très limités il faut bien le reconnaître et la réalisation n’est pas des plus fluides.
Mais c’est surtout une grosse erreur qui ne semble pas avoir marqué l’équipe du film qui scellera définitivement mon impression de budget rikiki après moins de 15min de film : cette séquence dans laquelle le personnage principal se fait mordre le bras droit par un cannibale demeuré pour finalement se retrouver dans la scène suivante avec le bras gauche bandé… Alors là effectivement, il n’y a plus de doute, nous sommes face à un petit film sans grande prétention, fait avec les moyens du bord et tentant l’hybridation humour/horreur pour attirer les spectateurs comme moi, désireux de mater un film simple et pas prise de tête, sur des thématiques qui parlent et qui semble fait malgré tout avec beaucoup de bonne volonté et surtout des idées !

Car oui nous sommes peut-être ici face à film doté d’un budget qui ne vole pas bien haut ainsi que des acteurs et actrices qui font ce qu’ils/elles peuvent, mais il faut aussi l’admettre : j’ai passé un bon moment devant cette pellicule ibérique.
Voilà bien un film qui transpire la bonne humeur, la déconnade entre potes, avec ses musiques joyeuses et entraînantes, son côté cheap assumés, ses personnages un brin décalés et ses situations tournées au ridicule mais sans jamais tomber pour autant dans la niaiserie.

Ses personnages hauts en couleur (patron radin, un agent immobilier qui joue de son charme et de sa BG attitude pour signer des contrats et baiser à tout va, son collègue au contraire dans la retenue et le mal-être, la bimbo latina un peu crétine sur les bords, la gourou cannibale qui n’aurait rien à envier à une Arielle Dombasle dans le genre lunaire, un chef cuisine hindoux un brin envahissant…) ne trompent pas : nous allons passer un sympathique moment de cinéma comme les Espagnols savent si bien le faire et même avec très peu de moyens parfois. Et ce "Carne cruda" saura vous égayer avec ses personnages loufoques ou stéréotypés à donf (c’est au choix).

Dès le début on sait où l’on met les pieds, avec cette façon de parodier le cinéma d’horreur et plus particulièrement les slasher et les survival avec ce film dans le film qui use de nombreux clichés que l’un des deux personnages principaux de notre histoire annonce déjà à son ami bien avant qu’ils ne se produisent à l’écran (ce dernier balance un truc du style à son pote : « C’est toujours pareil dans ce genre de film : en voulant s’échapper, elle va tomber dans la flotte et du coup retirer son tee-shirt pour laisser apparaitre ses gros seins »).

C’est en effet une particularité de "Carne cruda" qui m’a plu d’emblée : cette façon d’ironiser sur le cinéma d’horreur ou encore de balancer divers clins d’œil au cinéma que l’on aime tant un peu partout dans le film. Il n’est ainsi pas rare de penser à certains classiques du genre ("Vendredi 13" bien évidemment pour son camps d’été – d’ailleurs le titre sera carrément cité – mais aussi des films comme "Une nuit en enfer" avec son petit bar servant de piège à humains, "Le silence des agneaux" avec les vertus annoncées concernant la consommation de viande humaine…) et on aura d’ailleurs une rapide interview de Nacho Vigalondo (à qui l’on doit notamment le très bon "Timecrimes") dans son propre rôle qui vient ensuite jouer un potentiel client de l’agence immobilière dans laquelle travaille Andres et Quico et dont voici la phrase d’ouverture qui en dit long sur le positionnement du film par rapport au cinéma fantastique : « Je voudrais vendre une propriété sur Elm Street, plus précisément la dernière sur la gauche, près du cimetière, au pied de la colline qui a des yeux : c’est un vieil orphelinat »).

Je finirai d’ailleurs sur les clins d’œil et les références au cinéma de genre avec ce qui est pour moi le meilleur échange dans le film :
« Je suis devenu une sorte de cannibale » (Quico)
-Un cannibale ? Comme Hannibal Lecter dans les films ? (Rosa)
-Oui. Enfin, pas aussi sophistiqué » (Quico)

Le film de Tirso Calero est découpé en chapitres, chacun traduisant une nouvelle étape dans cette transformation de notre personnage principal en cannibale (appelé dans le film « crudivore extrême »).
Une transition vers le cannibalisme qui est d’ailleurs tournée à la dérision : les premiers symptômes sont des gargouillements, de la fièvre de cheval, des vomissements, une diarrhée des plus coriaces, des pertes d’équilibre… le tout amené avec humour, chaque symptôme arrivant à chaque fois dans un moment inadapté (il va « déglinguer la chasse d’eau » d’un appartement qu’il est en train de faire visiter, puis va vomir dans son assiette devant un critique culinaire dans le restaurant de sa petite amie…). Puis viendra l’appétence pour la viande, crue de préférence… Il va alors développer de la force musculaire et se rendre enfin compte qu’il doit finalement se résigner à manger de la viande humaine.

Ici le cannibalisme est vu comme une maladie qui se transmet par la salive, par simple morsure. Une maladie qui peut être vue comme une malédiction, une souffrance, ou comme une bénédiction, selon le personnage du film qui est atteint de ce fameux virus.
Du positif, chaque personnage va en trouver : l’un va améliorer ses performances sexuelles (plus besoin de viagra, il bande à longueur de journée) tandis que l’autre va prendre en assurance et s’imposer dans sa vie de couple et notamment devant l’ex-mari de sa copine. Mais voilà, l’un adore cela et ne s’en prive pas (les victimes vont alors s’enchaîner) tandis que l’autre cache son cannibalisme et préfère se nourrir dans les morgues pour ne faire de mal à personne. Deux crudivores extrêmes qui sont radicalement différents dans leur manière de vivre la chose : l’un culpabilise sans cesse et refuse de reconnaître sa maladie et l’autre va au contraire vivre cette opportunité à fond. Intéressante cette vision double du cannibalisme.

D’ailleurs les cannibales ici ne se résument pas à un simple petit groupe, une petite tribu primitive ou une famille de dégénérés comme c’est le cas très souvent dans le cinéma que nous aimons tant. Non, dans "Carne cruda" c’est une véritable communauté fort bien organisée qui tient des bars pour piéger des humains et qui propose même des Conventions pour se réunir autour de projets (et je n’irai pas plus loin dans les détails, regardez le film !). Nous sommes finalement très proches de ce que certains films nous présentent sur le thème du vampirisme.

Au final, voilà bien un petit film certes perfectibles (le faible budget se fait ressentir) mais bourré de petites idées et de bonnes intentions qui en font une très bonne surprise du côté de nos amis ibériques une fois de plus.

Un film qui se finira d’ailleurs par une dédicace très sympathique que voici :
« Dédicace à Mario Bava, Roger Corman, Amando De Ossorio, Umberto Lenzi, George A ; Romero, Sergio Martino, Dario Argento, Jess Franco, Jacinto Molina, Lucio Fulci… et à tous les réalisateurs qui, à court d’argent et de tomates, nous ont fait passer un bon moment »

Fresh flesh | Carne cruda | 2011
Fresh flesh | Carne cruda | 2011
Bande-annonce
Note
3
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David Maurice