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Garden of love | Garden of love | 2003
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Garden of love | Garden of love | 2003
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Garden of love

Garden of love

Après deux de coma, Rebecca, seule survivante d'un massacre brutal survenu dans une commune lorsqu'elle était enfant, n'a plus aucun souvenir de l'évènement. Elle devient alors tourmentée par des visions sanglantes. Les esprits des membres de sa famille disparus la poussent à retrouver les meurtriers et à les ramener dans la maison où le carnage a eu lieu, déclanchant une vengeance implacable...

Garden of love | Garden of love | 2003

L'AVIS :

Garden of Love, alias The Haunting of Rebecca Verlaine, débarque en 2003 dans la filmographie déjà bien éclaboussée du maître du gore artisanal Olaf Ittenbach, figure qu’on ne présente plus sur Horreur.com tant son nom suinte le latex, le faux sang et la barbaque. Longtemps resté hors de ma portée malgré mon amour certain pour le boucher du cinéma allemand indépendant, le film s’est enfin offert à moi à l’occasion de sa sortie en blu-ray chez Unearthed Films, prévue pour ce début février 2026. Une découverte tardive, mais ô combien réjouissante, car passer à côté d'une oeuvre indépendante telle que celle-ci aurait été fort regrettable. Il faut dire qu'un film tenu entre la sortie de "Beyond the limits" et "Chain reaction" n'était pas spécialement enthousiasmant en raison de mon manque d'intérêt pour ses oeuvres fortement bancales. Alors certes, on peut reconnaître maladresse et pauvreté dans l'entièreté de la filmographie d'Ittenbach d'un point de vue académique, mais ceux qui ont été conquis par le charme unique de ses premiers films "Black Past", "Burning Moon" et "Premutos", auront tout intérêt à découvrir cette pellicule saignante afin de constater la volonté du réalisateur allemand à sophistiquer ses histoires en ajoutant de l'émotions, et ainsi s'écarter du format bête et méchant de ses premiers élans de jeune révolté. En annihilant son côté mauvais garçon, Ittenbach tentera de se prendre vraiment au sérieux tout en conservant son attrait pour l'excès d'éclaboussure, ce qui donnera plus tard des oeuvres qualitatives (en préservant l'indulgence vis-à-vis des productions indépendantes au budget quasi-nul) telles que "No Reason" ou "Dard Divorce". Et, bien entendu, "Garden of love" en fait partie.

Dès les premières munites, la musique dramatico-épique, si caractéristique du cinéma gore allemand, donne le ton. Une emphase naïve mais sincère qui enveloppe le générique d’ouverture qui s'accompagne d'un massacre familial frontal, brutal et sans détour. Le film n'a pas encore commencé que les effets gore y sont déjà impressionnants, massifs, abondants, et, surtout, artisanaux dans ce qu’ils ont de plus noble, rappelant que chez Ittenbach, le sang n’est jamais décoratif. Il est le coeur de son art souterrain. Et pourtant, derrière cette entrée en matière sanguinolente, le film adopte un style téléfilm des années 2000 étonnamment chaleureux. Un format qui, selon moi, vieillit super bien, avec ce charme un peu daté, confortable, faisant écho aux week-end reposants sans que l'addiction d'internet ne vienne nous envahir l'esprit. Bref, le style téléfilm est presque idéal pour un visionnage matinal après l'application des trois C, ou en début d’après-midi après un bon déjeuner, quand la lumière du jour contraste délicieusement avec l’horreur à l’écran.

Le récit s’installe alors sur des terrains plus feutrés, abordant l’amnésie et le traumatisme ; sujets directement liés à ce fameux drame familial inaugural. Rebecca, personnage central, s'est réveillée d’un coma de deux ans qui l'a privé de ses souvenirs, ne gardant aucune trace du massacre de son enfance. Avec sérieux et concentration, Ittenbach prend son temps, installe ses personnages, ose de longs moments de dialogues et de longs plans qui, malgré leur étalage, ne sont en aucun cas inutile à l'intrigue. Bien au contraire, celle-ci est linéaire, presque sage comparée à ses habitudes, mais cette simplicité narrative sert finalement le propos et témoigne d’un véritable effort d’écriture, notamment dans la manière dont le personnage de Rebecca évolue au fil de son enquête, au fil des fragments de vérité qu’elle exhume malgré elle.

Puis vint le moment que l'on attend d'un cinéaste irrévérencieux : le carnage imminent. Les revenants entrent alors en scène et apparaissent aléatoirement comme le ferait une entité cadavéreuse de "Frayeurs". Des esprits vengeurs, au premier rang desquels celui du père de Rebecca, protagoniste spectral aux multiples visages. Il la hante tantôt de manière touchante et mélancolique, tantôt avec un humour macabre inattendu (on retiendra surtout la scène du spot télévisé), avant de se faire franchement menaçant quand l'heure est venue. Ces apparitions s’inscrivent d'ailleurs dans une atmosphère surnaturelle élégante et classique, portée par un jeu de lueurs, de couleurs et de clairs-obscurs qui évoque sans détour le cinéma de Lamberto Bava ou de Michele Soavi. Une filiation assumée où le fantastique se pare d’un romantisme morbide déclaré dans l'atrocité.

Puis, enfin, c'est lorsque Rebecca revient sur les lieux du massacre que le film révèle pleinement son potentiel, celui que l'on attend tous lorsqu'on lance un film estampillé Olaf Ittenbach. Le gore ! On a faim, bordel ! Et voilà que le thriller d’épouvante glisse alors naturellement vers le splatter outrancier. Entre chronique hantée et carnage sanguinolent, les deux visages de ce conte fantastique finissent par se rejoindre et se marier dans un alliage équilibré. Les longueurs précédentes, pourtant jamais inutiles je le rappelle, prennent soudain tout leur sens. L’attente est récompensée par une orgie d’éclaboussures, des explosions de têtes, des éventrations et de déchiquetages en tout genre. Sans parler de ce sang qui est probablement le plus beau que j’ai vu dans un film d’Ittenbach. Ici, le cinéaste confirme définitivement son statut de maquilleur-concepteur d’effets gore préféré à mes yeux. Un vrai barbare de la barbaque qui enfourne sa viande dans ma rétine jusqu'à plus faim.

Mais le point fort du film ne réside pas dans ses massacres, mais dans sa façon de se construire dans le sang et l'émotion, malgré quelques naïves tentatives sentimentalistes qui basculent par moment dans la comédie volontaire (je pense), cassant un peu l'impact émotionnel. Bref, loin d’être parfait, "Garden of Love" force néanmoins le respect. On sent que le boucher allemand a voulu aller au-delà de ses simples carnages, là où il s’était parfois perdu auparavant (bon, on l'aime surtout pour ça, on ne va pas se mentir !), et rélève le niveau des films qui l'ont précédé, notamment les anecdotiques "Beyond the Limits" (sauf la fin qui nous rappelle "Burning Moon") ou "Riverplay". Cette fois, le festin sanglant est assaisonné avec une pincée de tendresse et un zeste de sincérité, quelques rebondissements bienvenus, et une vraie volonté de raconter quelque chose, aussi bancal soit-il au regard de l'insipide cinéphile du cercle populaire. Une histoire de fantôme où le sang coule à flot, portée par une volonté habitée, travaillée, sincère, où la violence excessive n’écrase pas totalement l’âme du récit. Un jardin d’amour fané, arrosé de souvenirs brisés et de litres d’hémoglobine qui prouve qu’Ittenbach, quand il est en forme, parvient à faire rimer égorgement et sentiment.

Garden of love | Garden of love | 2003
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Bande-annonce
Note
3
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Nicolas Beaudeux