HOKUM
HOKUM
Ohm Bauman, un romancier d'horreur, se retire à Bilberry Woods dans une auberge irlandaise isolée pour disperser les cendres de ses parents, là même où ils ont passé leur lune de miel, il y a tant d’années. Malheureusement pour lui, ce voyage introspectif va faire remonter de sombres souvenirs à la surface, tandis que le folklore local fait état d'une sorcière sévissant dans la suite nuptiale, mettant peu à peu à mal son scepticisme implacable…
L'AVIS :
Avec Hokum, Damian McCarthy poursuit son exploration d’un cinéma horrifique où les lieux semblent aussi importants que les personnages. Après le limité Caveat et l’étonnant Oddity, le réalisateur délaisse en partie l’horreur viscérale et l’angoisse pure pour proposer un mélange de thriller psychologique, de folk horror et de récit de maison hantée. Une évolution intéressante sur le papier, mais qui ne produit pas toujours l’effet escompté.
Son dernier film en date suit Ohm Bauman, un écrivain en panne d’inspiration qui se rend dans un hôtel isolé d’Irlande afin d’y disperser les cendres de ses parents. Le lieu, chargé de souvenirs et imprégné de folklore, va progressivement faire ressurgir ses traumatismes. Cette confrontation entre le rationnel et le surnaturel constitue le cœur du récit. Bauman, romancier particulièrement antipathique et condescendant, est interprété avec beaucoup de conviction par Adam Scott (vu dans "Holidays", "65 – la Terre d’avant" et l’excellente série Severance), qui parvient à rendre son personnage aussi crédible qu’irritant.
L’un des principaux atouts de cette production en provenance d'Irlande, des Etats-Unis et des Emirats arabes unis (!) réside justement dans son cadre. L’hôtel victorien, ses boiseries, ses couloirs sombres et sa suite nuptiale maudite composent un décor particulièrement propice à l’épouvante. La photographie et le travail sonore contribuent à installer une atmosphère étrange, presque hypnotique. Manifestement, McCarthy sait créer un univers visuel singulier et certaines séquences, notamment celle du sous-sol, particulièrement flippante, parviennent réellement à instaurer une tension anxiogène.
Pourtant, cette ambiance ne suffit pas toujours à maintenir l’intérêt. Là où ses précédents métrages pouvaient miser sur une sensation de malaise presque permanente, le réalisateur irlandais se montre beaucoup plus sage dans sa dernière œuvre. Le film recourt à plusieurs jump scares assez prévisibles et semble parfois préférer les recettes classiques du cinéma de maison hantée à l'angoisse plus subtile qui faisait la force des précédents longs-métrages du cinéaste. La comparaison avec "Chambre 1408", adaptation sur pellicule du roman éponyme de Stephen King, vient alors assez naturellement à l'esprit, tant certains mécanismes du récit rappellent cette confrontation entre un écrivain rationnel et un lieu qui semble posséder sa propre volonté.
Le véritable problème vient toutefois du scénario. Hokum multiplie les pistes, les symboles et les éléments énigmatiques sans leur donner toujours suffisamment de profondeur. Le folklore irlandais, la sorcière, le passé de l'hôtel et les démons personnels du protagoniste semblent pouvoir nourrir plusieurs niveaux de lecture, mais beaucoup d'idées restent à l'état d'esquisses. Le film donne parfois l'impression de vouloir expliquer ce qui aurait gagné à rester mystérieux, tout en laissant paradoxalement certaines thématiques importantes insuffisamment développées.
Cette hésitation se ressent également dans le rythme. À force de privilégier l'installation et les longues séquences contemplatives, Hokum finit par perdre une partie de sa tension. Certains spectateurs pourront apprécier cette lenteur et cette volonté de construire progressivement le mystère ; pour d'autres, comme votre dévoué, elle donne surtout l'impression que le récit tourne en rond. L'excellente scène d'ouverture, avec le conquistador, héros des romans de Bauman, interprété par Austin Amelio (Dwight dans la série The Walking Dead) est particulièrement intrigante et laisse d'ailleurs espérer un film beaucoup plus audacieux que celui objet de cette critique !
Heureusement, le dernier acte vient quelque peu relever l'ensemble. Sans résoudre toutes les faiblesses de l’histoire, le dénouement apporte une nouvelle dimension aux événements et permet de reconsidérer certains éléments précédents. Le thriller prend alors davantage le dessus sur l'horreur pure, et c'est probablement dans cette dimension psychologique que Hokum se montre, en définitive, le plus convaincant.
Au final, il reste un film intéressant, mais imparfait. Damian McCarthy confirme son talent pour créer des univers inquiétants et singuliers, tandis qu'Adam Scott porte efficacement le métrage sur ses épaules en protagoniste hautement détestable. Hokum n'est donc peut-être pas la nouvelle claque horrifique que l'on pouvait espérer après Oddity car manquant parfois de mordant, mais il constitue néanmoins un thriller surnaturel solide, visuellement soigné et suffisamment intrigant pour accompagner le spectateur jusqu'à son dénouement.